Première rencontre avec Jozi

« Cities have sexes. London is a man, Paris a woman, and New York a well adjusted transsexual« . What about Johannesburg? Voici le récit de ma
première rencontre avec Jozi.

Ses rues sont désertes la nuit, bien que Jozi ne dorme jamais. Elle n’en a pas le temps, elle a bien trop à faire. Elle n’est pas belle, mais elle se moque des critères, elle crée et revendique son charme, affirme sa propre vibe. Elle gardera à distance les uns qui se fient aux avertissements de ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Elle ouvrira grand ses bras, ou portes, aux autres qui osent un jour s’y arrêter, embrasser l’inconnu(e), et ne voudront plus la quitter. Elle est assez secrète, ne se livre pas facilement. Ne la jugez pas à son apparence, il faudra du temps pour l’apprivoiser, restez patient. Jozi est une adolescente qui change et se métamorphose. Elle déborde de vie et de dynamisme, s’éparpille dans tous les sens, un peu désorganisée. Elle veut réussir par tous les moyens, mais ne sait pas trop quoi ni comment. Beaucoup la jugent avant de la connaitre – elle est cette mauvaise fréquentation, à la mauvaise réputation – des rumeurs courent à son propos sans qu’on sache vraiment qui les a lancées. Mais elle s’en moque. Son coeur insuffle toute l’énergie à ses quartiers par de grandes artères. Elle veut faire ses preuves, prendre sa revanche, concurrencer le monde qui n’a pas cru en elle. Elle prend de la place, s’affirme et ne s’embête pas à présenter des excuses pour ses imperfections. Jozi est un puzzle de bric et de broc dont les pièces disparses peinent à s’emboiter pour former au final un tout incohérent et parfaitement imparfait qui répulse comme la peste et attire comme un aimant.

Certains disent qu’il faut toujours se fier à ses premières impressions, d’autres prétendent qu’elles sont souvent trompeuses. Nous nous sommes rencontrées sans a priori il y a deux nuits. Elle s’est présentée sous le nom de Johannesburg et moi de Amandine Johanna Hess. Mon 2e prénom est à prononcer à la germanique, c’était celui de ma grand-mère. « C’est marrant, ça fait Johann(a)hessburg ! On a un point en commun. Le destin fait bien les choses, nous étions faites pour nous rencontrer« . Elle n’a pas ri à ma blague (comme beaucoup). Nous ne sommes pour l’instant pas assez proches pour que je l’appelle par son ptit nom, Joburg, ou Jozi pour les intimes. C’était furfif. La rencontre. Elle m’a toisée un moment, pour voir si je lui faisais confiance, avant de me laisser passer. Elle ne m’a pas acceptée, mais me tolère sous condition de m’adapter. Il nous faudra du temps pour nous apprivoiser. Elle m’a attirée comme un aimant et avalée toute crue, alors que je m’y engouffrais dans un grand souffle, plongeant dans l’inconnu avec délice, en faisant la sourde oreille aux avertissements, sans savoir à quoi m’attendre et sans regarder derrière moi.

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